Histoire de la maîtrise des inondations dans la plaine grenobloise du XVIIe au XXe
- Apr 10, 2025
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Les inondations liées au Drac dans le bassin grenoblois sont assez anciennes. On a des traces de grandes inondations dès le XIIe siècle. On a, par exemple, à cette époque des précipitations assez fortes en amont du Drac (au sud de son bassin versant) qui vont engendrer une lame d’eau emportant tout sur son passage, avec pour conséquence des milliers de morts à Grenoble (Coeur, 2008).
Les crues du Drac répertoriées à la fin du XIVe siècle sont à l’origine d’un vaste chantier qui conduit à déplacer son lit principal vers l’ouest, entre le rocher du Petit Rochefort et celui du Mollard, là où perche encore aujourd’hui le château d’eau désaffecté de Pont-de-Claix. Car le Drac est une rivière dangereuse et imprévisible (Coeur, 2008)
Si on se concentre sur la période 1600 à 1900, on décompte 78 phénomènes de crues :
Dont 28 événements forts, ce qui signifie que la totalité du linéaire fluvial est impactée, les berges submergées, et des destructions d’infrastructures (digues et routes) sur une dizaine de mètres.
Et 9 considérés comme exceptionnels, donc hors norme, avec destruction des routes sur des centaines de mètres en amont et en aval de Grenoble. Ces phénomènes ont inspiré le proverbe : « Chassez le Dragon… il finit toujours par revenir en grondant ! ».
Tous ces phénomènes ont un impact direct sur la géomorphologie des territoires traversés par le Drac, donc sur la forme des paysages. En effet, les phases de crues créent des surélévations et des creusements rapides, déplaçant ainsi la bande active du cours d’eau et provoquant une instabilité dans la prévention. La couleur plus foncée du Drac s’explique par le fait qu’il transporte énormément de sédiments dus à ces creusements, mais aussi à la nature sédimentaire des sols géologiques traversés (Coeur, 2008).
Face à ces événements, le défi de la ville de Grenoble a été la maîtrise de son site naturel avec un double point de vue (Coeur, 2008) :
Défis spatiaux : prise en tenaille de la ville entre les deux cours d’eau, avec un impact sur les infrastructures et les habitations avec une logique d’entreprise guerrière s’est développée.
Défi historique : développement de dispositifs de prévention face à des phénomènes extrêmes sur des périodes longues, mais aussi courtes, avec des hommes et des femmes exposés à la destruction des eaux.
Au XVIIe siècle, à la suite de crues destructives, des ingénieurs des ponts et chaussées interviennent sur ordre de l’État central pour réfléchir à la manière de faire face aux crues du Drac et de l’Isère, et favoriser les projets routiers. L’endiguement suit plusieurs phases et est décidé après la crue de 1673 et 1974 (Coeur, 2008).
A) L’endiguement se fait par un double alignement des digues continues avec deux objectifs : empêcher l’extension des crues sur la plaine et maintenir le Drac au pied du Vercors. Il prend le nom du canal Jourdan.
B) Par la suite, les digues ont été conçues en profondeur et en hauteur de part et d’autre du canal principal, sous la forme d’un glacis à cause de la surélévation du Drac, le tout renforcé par un système de contreforts tous les 80 mètres.
C) Le tracé du cours Saint-André n’est pas un hasard : son positionnement permet d’intercepter toutes les brassères nées en rive droite du torrent. Il est à la frontière entre deux niveaux de brassères. En les séparant ainsi, on double l’efficacité des digues linéaires présentes le long du Drac. Il est conçu pour que la cité soit préservée des torrents et avec des fossés pour recevoir les eaux coulantes de la plaine. Par la suite, on assiste à la suppression des étangs, à l’entretien de l’existant et au complément du dispositif.
Tout ce programme a permis un contrôle de Grenoble sur son cours d’eau et une pratique du cours d’eau pour le transport fluvial. Dès l’achèvement du canal Jourdan, les larges espaces disponibles vont être utilisés pour des albergements, donc des contrats entre paysans et seigneur pour utiliser la terre.
On assiste à la fabrique d’un territoire pour habiter la plaine, qui se met en place en dégageant un espace auparavant dévolu à l’eau. Ambrosino, dans son livre L’art d’habiter la plaine en 2022, écrit : « Les populations locales ont tendance à oublier, mais l’habitabilité de Grenoble résulte en grande partie de la lutte incessante des grands corps d’ingénieurs contre ce que l’on a coutume de nommer le Serpent pour l’Isère et le Dragon pour le Drac » (Ambrosino, 2022). Il poursuit en expliquant que ces aménagements face au risque et ces endiguements ont eu un impact fort sur la relation ville-rivière, marquant une rupture dans les usages à proximité des cours d’eau (Ambrosino, 2022). La transformation du risque en atout est un véritable enjeu dans un monde en dérèglement climatique, notamment pour réfléchir à la manière d’intégrer le cours d’eau avec ses nombreuses qualités (îlot de fraîcheur, biodiversité) à la ville tout en prenant en compte les risques de crues qui sont encore bien présents aujourd’hui.



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