
Protocole
Dans cette expérience paysagère, nous avons demandé aux étudiants de s’arrêter et de s’adosser aux flancs de la digue, dans l’herbe.
Nous leur avons précisé que l’expérience durerait dix minutes et qu’elle commencerait par une lecture.
Aucune tâche ne leur a été demandée, aucune consigne sur ce qu’ils devaient faire durant ce temps ni sur l’objet éventuel de leur attention.
Un extrait d’un poème évoquant un cours d’eau a été lu au début de l’expérience.
Références
Voici le poème qui a été lu aux étudiants :
Derrière l’horizon sans fin, plus loin, plus loin
Les montagnes, sur leurs sommets que nul témoin
N’a vus, condensent l’eau que le vent leur envoie.
D’où le glacier, sans cesse accru, mais qui se broie
Par la base et qui fond en rongeant le roc dur.
Plus bas, non loin des verts sapins, le rire pur
Des sources court parmi les mousses irisées
Et sur le sable fin pris aux roches usées.
Du ravin de là-bas sort un autre courant,
Et mille encore. Ainsi se grossit le torrent
Qui descend vers la plaine et commence le Fleuve.
Mais l’eau court trop brutale et d’une ardeur trop neuve
Pour féconder le sol[...]
Voici que le torrent heurte en bas les barrières
De sable et de rochers par lui-même traînés.
C’est la plaine.Il s’y perd en chemins détournés
Qui calment sa fureur. Et quelques petits arbres
Suivent l’eau qui bruit sur les grès et les marbres.
Ces collines, derniers remous des monts géants,
Flots figés du granit coulant en océans,
[...]
Charles Cros (poète et inventeur français du XIXème siècle)
La méthodologie utilisée pour cette expérience s’inspire de l’ouvrage de Giampaolo Nuvolati, Le flâneur dans l’espace urbain, dans lequel l’auteur établit un lien entre l’apparente improductivité du flâneur et sa capacité d’attention accrue à son environnement. Selon lui, la flânerie favorise une forme de réceptivité particulière.
Nuvolati soutient également que cet état de disponibilité, propre à la flânerie, constitue une condition nécessaire à la création d’œuvres artistiques, littéraires ayant une valeur informative. Le flâneur, à travers cette production, devient alors narrateur et interprète de l’espace.
La description qu’il propose d’un lieu offre à celui qui la lit, une nouvelle manière de percevoir cet espace, en l’enrichissant des sens que le flâneur y projette. Ainsi, la flânerie permet de faire émerger l’invisible, de révéler ce qui, autrement, resterait imperceptible.
Résultats
Le ressenti des participants n’a pas été collecté directement, l’expérience ayant précisément pour objectif de favoriser l’oisiveté et l’inactivité. Toutefois, elle a permis de nourrir la carte sensible réalisée à la fin du parcours en y ajoutant de nouveaux ressentis.
Analyse et retour d'expérience
S’il est difficile d’estimer la pertinence de cet exercice en l’absence de production concrète, on peut néanmoins supposer qu’il contribue à une connaissance plus fine de l’espace parcouru, enrichie de détails intégrés de manière consciente ou inconsciente.