
Protocole
Dans cette expérience paysagère nous avons demandé aux étudiants d’observer le paysage visible et de le dessiner sur des rhodoïds.
Ce paysage visible qui se dresse devant nous peut être découpé en différents plans. C’est en ce sens que l’utilisation des rhodoïds est pertinente car nous pouvons les superposer. Nous avons guidé les étudiants pas à pas dans la réalisation du dessin.
Etape 1
Former des groupes de 4 à 5 étudiants et distribuer 3 feuilles de rhodoid par groupe ainsi que les feutres
Etape 2
Observer le paysage pour repérer les structures paysagères et les éléments du paysage
Etape 3
Placer des personnes devant le paysage observé afin que les dessinateurs puisse avoir une échelle
Step 4
Dessiner sur un premier rhodoid le dernier plan avec une couleur
Etape 5
Changer de rhodoid et de couleur et dessiner le second plan
Répéter depuis Etape 4 pour le premier plan
Grâce à la transparence du rhodoïd, les étudiants ont pu « décalquer » le paysage.
Références
La méthodologie utilisée pour cette expérience est tirée d’une fiche méthode du CAUE de la Somme (80) sur l’observation et le dessin d’un paysage. ( CAUE 80, Initiation à la lecture du paysage du quotidien, 2020) Il y est expliqué que les structures paysagères sont des ensembles homogènes d’éléments de paysage. Les éléments du paysage sont des éléments uniques et ponctuels caractéristiques d’un ensemble, ce sont les objets du paysage visible.
On appelle paysage visible ce que l’enquêté recense sur son dessin (les éléments d’image) en observant les objets qu’il a devant soi. Des flux relient les objets et les éléments d’image. Les objets qui composent le paysage sont de plusieurs natures : abiotiques (la topographie, hydrographie…), biotiques (végétation, agriculture, faune…), anthropiques (les établissements ponctuels et les réseaux). (A. Dalmagioni, 2008)
Résultats
Nous pouvons observer qu’en face d’un même paysage et avec la même consigne, les quatre groupes n’ont pas dessiné les mêmes choses. Ils n’ont pas identifié les mêmes plans.

Sur ce rhodoid (1) le Vercors et la tâche urbaine constituent le dernier plan. Puis en second plan le groupe a décidé de représenter la strate végétale puis au premier plan les bâtiments les plus proches de nous (industries, service).

Sur cette production (2) le groupe a repéré le même premier plan que le (1), en ajoutant la strate végétale. Cependant, la tâche urbaine constitue un plan différent que le Vercors.
Ces disparités montrent bien que le paysage visible n’est pas retranscrit de la même manière sur chacun des dessins. La perception des différents participants dépend des « particularités et des expériences des individus » (Serge Schmitz, 2004). Le nombre d’informations retranscrites par les objets façonnant le paysage « est si important que le sujet ne peut pas prendre en compte l’ensemble de ces informations ». Il recherchera plutôt dans le paysage les informations dont il a besoin.
Ce processus montre qu’un individu « produit à partir d’image du monde externe une description utile pour elle du paysage » (Serge Schmitz, 2004). La perception devient ainsi une « évaluation d’un paysage » (Serge Schmitz, 2004) selon ses capacités et ses intérêts. Ainsi, bien que fréquentant le même paysage matériel, un observateur se comportera différemment d’un autre et ressentira le paysage d’une autre manière.
Certains objets du paysage sont donc invisibilisés, ils seraient réduits « à ses composantes matérielles » (Serge Schmitz, 2004).
Certains des rhodoïds mettent également en évidence la typologie d’espace composant le paysage dessiné. Les espaces résidentiels ou encore productifs sont définis comme l’ensemble « d'activités productives situé dans l’espace » (CARPENTIER.V, et al. 2006). Ces différents types d’espaces sont apparus à des époques différentes. L’Atlas des paysages de l’Isère nous fait part également de cette évolution, avec le développement des maisons individuelles au cours des années 1970.
L’analyse des rhodoïds a montré qu’une fois « que le risque est connu, étudié et accepté, il participe à la définition de l’identité́ du territoire et des sociétés ainsi que les pratiques des usagers qui habitent le territoire » (CARPENTIER.V, et al. 2006)
Analyse et retour d'expérience
Il est essentiel dans une formation en urbanisme d’apprendre à décomposer un paysage afin de le dessiner. D’abord la dimension paysagère est importante à prendre en compte dans un projet urbain et concevoir un projet en harmonie avec celui-ci est indispensable. Ensuite, la rédaction des OAP paysagères demandent une connaissance des paysages, de leur lecture et de leur analyse afin d’orienter les futurs projets impactés par le PLU.
Le protocole de cette expérimentation a bien fonctionné, les groupes ont compris ce qui était demandé et l’on bien réalisé. Le choix du paysage à représenter n’a pas été facile, soit on intégrait le Drac, soit on ne l’intégrait pas. Finalement ce choix c’est montré pertinent car les dessins parlent d’eux même du paysage du risque sans forcément faire apparaitre l’eau. Mais connaître la situation des observateurs, c’est-à-dire sur les berges, suffit à l’analyse de ces productions par le prisme du risque.