
Protocole
La carte sensible permet de représenter un espace à travers les perceptions d ’un ou plusieurs individus. Elle invite à voir cet espace autrement.
Cet exercice constitue en réalité une re-création du paysage qui nous entoure, permettant de saisir tout ce qui est non visuel. Si la carte a été réalisée à la fin du parcours, l’exercice a en fait accompagné les étudiants tout au long de la visite. Les différentes étapes qui l’ont précédée les ont progressivement préparés à cet exercice, en les mettant en condition de ressentir, en les incitant à prêter attention à leurs sensations, ou encore à identifier les marqueurs du risque dans le paysage. La carte sensible repose ainsi sur la mémoire, et met en évidence ce qui a été retenu de la déambulation. La carte produite est alors riche des éléments ancrés dans la mémoire mais aussi de tout ce qui est absent des dessins.
Etape 1
Préparer en amont une feuille A3 avec le dessin du parcours. Avoir un support le plus vierge possible invite les étudiants à libérer toute leur créativité.
Etape 2
Former des petits groupes d’étudiants, afin que l’exercice soit collaboratif
Etape 3
Donner la consigne suivante : notez tout ce qui vous parait surprenant, étonnant, agréable ou désagréable, à travers des mots, dessins, couleurs, textures ou sons.
Références
Cet exercice est en somme relativement commun, son intérêt et sa méthodologie ont été détaillés dans l’ouvrage Les ondes de l’eau sous la direction de Laure Brayer. L’ouvrage nous a permis de construire l'expérience selon une méthode scientfique afin qu'elle soit la plus pertinente possible.
Résultats
Dans l’ensemble, les cartes produites mobilisent principalement le dessin comme outil de représentation.
Elles traduisent une diversité de perceptions sensorielles :
La vue : le grand paysage montagnard autour de Grenoble est souvent représenté, tout comme les éléments qui viennent l’obstruer.
L’ouïe : chants d’oiseaux, écoulement de l’eau, nuisances sonores liées à l’autoroute, bruit des vélos… Les cartes traduisent aussi l’évolution de ces perceptions sonores dans l’espace, par exemple l’intensité variable du bruit du Drac tout au long du parcours.
Le toucher : mention de fleurs cueillies, qui témoignent d’un contact direct avec l’environnement.
Des émotions et ressentis ont également été cartographiés : un sentiment maussade au départ (dans le tissu urbain de Seyssinet), puis un état plus enjoué en arrivant aux berges, avec l’évocation d'un “sentiment d'apaisement”.
La météo, particulièrement douce lors de la visite, a été représentée sur plusieurs cartes. Elle semble avoir eu une influence importante sur le ressenti général.
Si la carte a majoritairement été utilisée comme support d’expression des perceptions sensibles, elle a parfois aussi été mobilisée de manière plus conventionnelle, comme simple outil de représentation spatiale : usages du sol, parcellaire pavillonnaire, végétation, plantations, industrie, piste cyclable des berges, etc.
La perception du risque est-elle visible dans les cartes sensibles ?
Un autre aspect abordé est celui de la perception du danger lié au Drac.
Trois cartes, notamment, représentent le Drac de manière linéaire, alors que lors de notre visite, le faible niveau d’eau le faisait serpenter entre des bancs de sable. Une seule carte retranscrit ce caractère sinueux, accentuant ainsi une perception bucolique de ce cours d’eau, une perception en contraste avec sa nature fortement aménagée.
Quelques éléments traduisent une prise en compte du risque :
Des panneaux de signalisation sur le risque de montée des eaux sont localisés sur une carte.
Une autre évoque l’adaptation architecturale de certaines maisons, dont le rez-de-chaussée n’est pas habité.
Cependant, au-delà de ces éléments ponctuels, le risque semble peu représenté. Peut-on en conclure qu’il est imperceptible dans le paysage ?
Plusieurs éléments peuvent l’expliquer :
Une topographie très plate, qui empêche une visibilité directe du cours d’eau.
Des digues plus hautes que les constructions, agissant comme masques visuels, mais aussi sonores : le grondement du Drac est imperceptible au-delà des berges, voire même sur celles-ci, tant il est couvert par les bruits urbains, notamment celui de l’autoroute.
Analyse et retour d'expérience
Ce dernier exercice a parfaitement conclu toutes les expériences vécues par les étudiants. La densité des cartes produites en témoignent.



